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HISTOIRE 2

CAS BOITE A PARTAGE

C’était un samedi matin dans le quartier des Amandiers, une petite zone urbaine autrefois très dynamique, mais aujourd’hui marquée par des immeubles vieillissants et un manque criant de lieux de convivialité. Mila, étudiante en sociologie, et Arthur, jeune diplômé en urbanisme, s’étaient donné rendez-vous sur la petite place centrale du quartier. Ils rêvaient depuis longtemps de créer quelque chose de nouveau, quelque chose qui aiderait les habitants. Le printemps était là, le soleil caressait les façades défraîchies, et ce jour-là, une idée germa dans leurs esprits.

Identifier le problème et les besoins


En discutant avec les voisins, Mila et Arthur avaient observé plusieurs problèmes. Dans ce quartier modeste, beaucoup de gens n’avaient pas les moyens d’acheter des outils pour retaper leur appartement, bricoler, jardiner, ou cuisiner de manière plus élaborée. Un tel investissement était souvent hors de portée. De nombreux résidents se plaignaient aussi de l’isolement, du manque d’occasions de se retrouver, d’apprendre les uns des autres, et de transmettre savoir-faire et conseils pratiques.


Les « clients » potentiels étaient donc les habitants eux-mêmes : des familles avec enfants, des retraités, des étudiants, des artisans. Tous recherchaient la même chose : accéder facilement à des outils, des espaces, des services, sans avoir à débourser de fortes sommes pour acheter des biens qui, souvent, restaient inutilisés la majeure partie du temps.

Une solution fondée sur le partage


Mila proposa alors de créer un lieu physique, un espace communautaire, où l’on pourrait partager des outils, des appareils ménagers, du matériel de jardinage, voire même des ustensiles de cuisine spécialisés. On appellerait ce lieu « La Boîte à Partage ». L’idée était de mettre ces ressources à disposition des habitants du quartier, moyennant une cotisation mensuelle très modeste ou un échange de services.


En complément, Arthur suggéra d’organiser des ateliers au sein de ce lieu. Par exemple, une voisine douée en pâtisserie pourrait enseigner à d’autres comment confectionner des gâteaux, en échange de l’accès gratuit à un robot pâtissier de la Boîte à Partage. Un bricoleur expérimenté pourrait montrer comment réparer un meuble. Un passionné de jardinage aiderait à entretenir les plantes de l’espace commun. De fil en aiguille, on créerait un réseau d’entraide et de connaissances.

L’économie du partage versus l’économie classique


Dans l’économie traditionnelle, chaque foyer est supposé posséder ses propres outils, ses propres appareils ménagers, parfois onéreux, sous-utilisés et coûteux à l’entretien. Le modèle classique favorise la propriété privée, ce qui conduit à l’accumulation de biens peu employés.


Dans l’économie du partage, la valeur se déplace de la possession à l’accès. Au lieu d’avoir dix perceuses en sommeil dans dix appartements différents, l’idée est d’en avoir quelques-unes seulement, bien entretenues et toujours accessibles. L’économie du partage se construit sur la confiance, la mutualisation, et la coopération. Le quartier devient un écosystème où chacun peut apporter sa pierre, son savoir, son matériel, tout en bénéficiant de ceux des autres.

La mise en place du projet et ses péripéties


La mise en route ne fut pas simple. Certains habitants, méfiants, craignaient que leurs outils prêtés ne soient jamais rendus, ou abîmés. D’autres avaient du mal à imaginer comment on pourrait gouverner un tel projet sans sombrer dans le chaos. Mila et Arthur s’attelèrent à la tâche. Ils organisèrent une série de réunions publiques dans la salle paroissiale du quartier. Ils écoutaient les craintes, prenaient note des suggestions, expliquaient les avantages du système.


Finalement, ils décidèrent d’instaurer une gouvernance participative : chaque membre de la Boîte à Partage aurait une voix dans les décisions importantes. Pour protéger le matériel, un système de caution et d’assurance interne serait mis en place, alimenté par une petite cotisation solidaire. De plus, un système de réputation serait instauré : ceux qui prêtaient leur matériel accumuleraient des points de confiance, et ceux qui entretenaient le matériel ou formaient d’autres habitants bénéficieraient également d’avantages, comme des réservations prioritaires.

Le modèle économique et la gouvernance partagée


Le modèle économique de la Boîte à Partage s’inspirait des coopératives. Plutôt qu’une entreprise dirigée par quelques actionnaires, on avait une structure détenue collectivement par les habitants du quartier. Les coûts de fonctionnement (assurance, entretien des locaux, petit salaire pour un gestionnaire sur place, achat de nouveaux outils) étaient couverts par des cotisations modestes, parfois de quelques euros par mois, et par l’implication bénévole des membres. Le surplus financier, s’il y en avait, était réinvesti dans l’achat de nouveaux matériels ou l’organisation d’événements communautaires.


Les décisions stratégiques — élargir la gamme d’outils, rénover le local, établir des partenariats avec la mairie — se prenaient lors d’assemblées générales trimestrielles, ouvertes à tous les membres. Chacun pouvait s’exprimer, proposer, voter. Cette horizontalité était un changement radical par rapport au modèle entrepreneurial classique, où le propriétaire ou l’actionnaire majoritaire détient le pouvoir ultime. Ici, le pouvoir était dispersé, partagé et circulait entre les habitants.

L’impact sur le quartier et la valeur créée


Au fil des mois, La Boîte à Partage devint un carrefour incontournable. Les familles venaient y emprunter des appareils à raclette en hiver, des tondeuses à gazon au printemps, des semences et des outils de jardinage en été, des appareils photo pour les événements du quartier.

Les ateliers fleurissaient : un jeune cuisinier apprenait aux aînés comment faire des sushis, une retraitée experte en couture transmettait son art.
Plus qu’un simple lieu de prêt, l’espace était devenu un laboratoire d’idées, une fabrique de lien social. Les gens se reconnaissaient dans la rue, discutaient de leurs projets, se conseillaient. Le quartier des Amandiers semblait renaître, l’isolement reculait, la solidarité progressait. Un sentiment de fierté locale s’installait, car c’était un projet né sur place, porté par et pour les habitants.


Après quelques saisons, la Boîte à Partage était devenue un modèle pour d’autres quartiers de la ville. Les médias locaux s’y intéressaient, la mairie soutenait l’initiative, des professeurs de l’université voisine invitaient Mila et Arthur à présenter ce nouveau modèle économique. Des villes plus lointaines contactaient la petite coopérative pour comprendre son fonctionnement.


Ce succès montrait qu’il était possible de s’écarter de l’économie classique centrée sur la propriété, la compétition et la maximisation du profit. En s’appuyant sur l’économie du partage, le quartier avait trouvé une nouvelle façon de créer et de faire circuler la valeur. Au lieu de considérer l’économie comme un jeu à somme nulle, chacun y gagnait, non seulement en biens matériels, mais aussi en lien social, en apprentissage mutuel, et en reconnaissance.