Cours : Histoire et enjeux de la gouvernance mondiale

De l’Antiquité à nos jours : architectures du pouvoir et coopération internationale

Introduction : Qu’est-ce que la gouvernance mondiale?

Définition : Ensemble des processus, institutions et normes qui organisent les relations entre acteurs à l’échelle planétaire.

Anecdote d’ouverture : En 1945, à la conférence de San Francisco, un diplomate aurait déclaré : « Nous ne créons pas un gouvernement mondial, mais nous plantons une graine qui pourrait un jour y mener ». Cette tension entre souveraineté nationale et coopération internationale reste au cœur de notre sujet.


Partie 1 : Les précurseurs : empires et tentatives d’hégémonie

1.1 L’Égypte ancienne (3150-30 av. J.-C.) : Le premier « État-monde »

· Système : Pharaon considéré comme dieu vivant, administration centralisée
· Innovation : Premières relations diplomatiques documentées (lettres d’Amarna, XIVe siècle av. J.-C.)
· Exemple : Traité de paix égypto-hittite (1259 av. J.-C.), premier traité international connu

1.2 L’Empire romain (27 av. J.-C.-476 ap. J.-C.) : La « Pax Romana »

· Concept : Paix imposée par la domination militaire
· Infrastructure : Réseaux routiers, système juridique unifié, monnaie commune
· Leçon historique : Un système peut s’effondrer quand les coûts de maintien dépassent les bénéfices

1.3 Charlemagne (800-814) : L’Europe unifiée par le christianisme

· Couronnement impérial : Noël 800, renaissance symbolique de l’Empire romain
· Système : Missi dominici (enquêteurs royaux) préfigurent des inspecteurs internationaux
· Limite : L’empire ne survit pas à son fondateur (traité de Verdun, 843)

1.4 Napoléon (1804-1815) : L’exportation révolutionnaire

· Code civil : Modèle juridique exporté dans toute l’Europe
· Congrès de Vienne (1815) : Première tentative de « gouvernance concertée » européenne
· Anecdote : Talleyrand, représentant de la France vaincue, parvient à diviser les vainqueurs par la diplomatie

1.5 Bismarck (1871-1890) : L’équilibre des puissances

· Système d’alliances : Triple Alliance vs Triple Entente
· Conférence de Berlin (1884-1885) : Le partage de l’Afrique sans les Africains
· Échec : Le système aboutit à la Première Guerre mondiale


Partie 2 : Le XXe siècle : Vers une gouvernance institutionnalisée

2.1 La Société des Nations (1919-1946) : Premier essai

· Idée de Wilson : « Paix par le droit » plutôt que par la force
· Échec critique : Absence des États-Unis, pas de force coercitive
· Leçon : Une organisation sans moyens d’action reste symbolique

2.2 L’ONU (1945) : L’architecture actuelle

· Conférence de San Francisco : 50 pays fondateurs, Charte signée le 26 juin 1945
· Innovation : Droit de veto au Conseil de sécurité (conséquence de la SDN)
· Anecdote : Le siège de l’ONU à New York offert par John D. Rockefeller Jr.

2.3 Les institutions spécialisées

· UNESCO (1945) : « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes… »
· FMI et Banque mondiale (1944) : Conçus à Bretton Woods
· GATT puis OMC (1995) : Libéralisation progressive du commerce


Partie 3 : La guerre froide : Bipolarisation et non-alignement

3.1 Blocs militaires

· OTAN (1949) : « Garder les Américains à l’intérieur, les Russes à l’extérieur, et les Allemands en bas » (Lord Ismay)
· Pacte de Varsovie (1955) : Réponse soviétique
· Crise des missiles de Cuba (1962) : Le monde au bord du gouffre nucléaire

3.2 Le mouvement des non-alignés (1955)

· Conférence de Bandung : 29 pays asiatiques et africains
· Figure : Nehru, Nasser, Tito, Sukarno
· Dilemme actuel : Comment rester « non-aligné » dans un monde multipolaire?


Partie 4 : La gouvernance régionale : Comparaison continentale

Europe : L’intégration la plus poussée

· CECA (1951) → CEE (1957) → UE (1993)
· Supranationalité : Lois européennes supérieures aux lois nationales
· Crise existentielle : Brexit (2020), tensions nord-sud, est-ouest

Amériques : Modèles concurrents

· ALENA/ACEUM (1994/2020) : Intégration nord-américaine
· MERCOSUR (1991) : Intégration sud-américaine (Brésil, Argentine, etc.)
· Difficulté : Asymétries économiques énormes

Asie : Pragmatisme économique

· ASEAN (1967) : « Voie asiatique » – consensus, non-ingérence
· CPTPP (2018) : Mega-accord commercial sans les États-Unis
· Initiative des Nouvelles Routes de la Soie (2013) : Stratégie d’influence chinoise

Afrique : Union continentale inachevée

· Union africaine (2002) : Successeur de l’OUA
· ZLECAf (2019) : Plus grande zone de libre-échange au monde par nombre de pays
· Défi : Dépendance persistante aux anciennes puissances coloniales


Partie 5 : Le monde contemporain : Multipolarité et nouveaux défis

5.1 Les pôles de puissance

· États-Unis : Hard power militaire, soft power culturel
· Chine : Puissance économique, approche « win-win » affirmée
· Russie : Power disruption, influence asymétrique
· Union européenne : Power of norms, modèle régulateur
· Émergents : Inde, Brésil, Afrique du Sud revendiquent leur place

5.2 Nouveaux acteurs transnationaux

· GAFAM : Amazon pèse plus que 90% des pays en PIB
· ONG : Amnesty International, Greenpeace, Médecins Sans Frontières
· Criminalité organisée : Cartels, cybercriminalité

5.3 Les défis globaux

· Climat : Accords de Paris (2015), COP annuelles
· Santé : OMS, réponse à la COVID-19 montrant limites et besoins
· Numérique : Gouvernance d’Internet fragmentée (ICANN vs souveraineté nationale)
· Migration : 281 millions de migrants internationaux (2020)


Partie 6 : Études de cas contemporains

6.1 La guerre en Ukraine (2022-)

· Enjeux : Souveraineté vs sphères d’influence, sécurité européenne
· Sanctions : Arme économique sans précédent
· Conséquences : Remilitarisation, crise alimentaire, énergétique

6.2 Détroits et points de passage stratégiques

· Détroit de Taïwan : 50% du tonnage mondial, tensions sino-américaines
· Canal de Suez bloqué (2021) : 12% du commerce mondial paralysé
· Arctique : Nouvelle route commerciale avec la fonte des glaces

6.3 L’Organisation internationale du Travail (OIT, 1919)

· Particularité : Tripartisme (gouvernements, employeurs, travailleurs)
· Convention sur le travail forcé (1930) : Ratifiée par 178 pays
· Défi actuel : Travail dans l’économie informelle (61% de la main-d’œuvre mondiale)


Conclusion : Vers quelle gouvernance mondiale?

Scénarios possibles

  1. Multipolarité conflictuelle : Retour aux sphères d’influence
  2. Multilatéralisme réformé : ONU rénovée, inclusion des émergents
  3. Gouvernance fragmentée : Coalitions ad hoc selon les enjeux (climat, santé, commerce)
  4. Hégémonie technologique : Les maîtres des données gouvernent le monde

Débat final : Un Parlement mondial?

· Proposition : Assemblé parlementaire à l’ONU (déjà discuté depuis 1945)
· Arguments pour : Démocratiser la gouvernance mondiale
· Arguments contre : Démocratie suppose communauté de valeurs, inexistante au niveau mondial

Citation de clôture : « La gouvernance mondiale est comme un orchestre sans chef : chaque musicien joue sa partition, certains plus forts que d’autres, et l’harmonie dépend de leur capacité à s’écouter mutuellement. » (Adapté de Kofi Annan)


Activités pédagogiques proposées

  1. Simulation de Conseil de sécurité : Gestion d’une crise internationale
  2. Analyse comparative : Comment l’UE et l’ASEAN gèrent-elles les migrations?
  3. Projet : Rédiger une réforme du droit de veto à l’ONU
  4. Débat : Faut-il créer une taxe mondiale sur les transactions financières?

Ressources bibliographiques

· Ouvrage classique : « Gouvernance mondiale » par Joseph Stiglitz
· Périodique : « Revue internationale et stratégique »
· Données : Banque mondiale, PNUD, OMC
· Film : « The International » (2009) sur le pouvoir des banques


1) L’idée

La gouvernance mondiale, c’est “comment le monde s’organise sans gouvernement mondial”. Des alliances pour la sécurité, des règles pour le commerce, des banques pour amortir les crises, et de l’influence culturelle pour attirer plutôt que contraindre.

2) Sécurité : l’Alliance atlantique (OTAN), à quoi ça ressemble en 2025 ?

Qui ? Les États-Unis, le Canada et la grande majorité de l’Europe. Depuis le 7 mars 2024, la Suède a rejoint, portant l’alliance à 32 pays. Objectif central : si l’un est attaqué, tous le défendent (c’est la fameuse clause de défense collective).  À quoi ça sert concrètement ? Dissuader, partager le renseignement, aligner les équipements et s’entraîner ensemble (interopérabilité). Un effet très visible : avec la Suède et la Finlande, la façade mer Baltique–Arctique est beaucoup plus “OTAN-centrée”, ce qui change l’équation de sécurité au Nord de l’Europe.  Un point d’histoire : l’OTAN naît en 1949, au début de la Guerre froide. Sa logique d’“article 5” reste le cœur du système de sécurité euro-atlantique aujourd’hui.

3) Zones d’influence : comment elles se dessinent vraiment

Plutôt que des cartes figées, pensez réseaux :

Euro-Atlantique : normes techno-financières (banque, données, concurrence), universités mondialisées, défense intégrée. Indo-Pacifique : routes maritimes, câbles sous-marins, semi-conducteurs ; équilibre délicat entre commerce avec la Chine et sécurités régionales. Le “Sud global” qui s’affirme : le groupe BRICS s’est élargi en 2024 : Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis ont rejoint (l’Argentine a décliné, l’Arabie saoudite a temporisé). Message : “nous voulons plus de poids dans les règles du jeu”. 

Exemple

Un pays africain négocie une ligne ferroviaire : il peut solliciter des financements “traditionnels” (Banque mondiale), des guichets régionaux, ou des partenaires des BRICS — et arbitrer selon le coût, les délais… et l’influence que chaque financeur amène avec lui.

4) Le “soft power” : gagner par l’attraction

Idée clé (Joseph Nye) : influencer par l’attraction (culture, valeurs, crédibilité des politiques), pas par la contrainte. C’est différent de la force militaire (“hard power”), et on peut combiner les deux (“smart power”).  Exemples parlants : Jeux olympiques de Paris 2024 : vitrine culturelle, diplomatie du sport, image de marque nationale.  K-pop / cinéma / séries : quand la pop-culture fait aimer une langue et une société, elle ouvre des portes économiques et politiques. Bourses et campus (Erasmus, grandes écoles ouvertes aux étrangers) : former des élites amies, sur le long terme. Actu : Joseph S. Nye, le théoricien du concept, est décédé en mai 2025 — bon moment pour réinterroger l’équilibre attraction/contrainte. 

5) L’argent et les filets de sécurité

Banque mondiale : finance le développement (infrastructures, santé, climat), avec une mission clarifiée : “en finir avec l’extrême pauvreté sur une planète vivable”. Depuis juin 2023, Ajay Banga préside l’institution et pousse une modernisation de l’outil.  Fonds monétaire international : intervient quand un pays manque de devises, restructure la dette, conseille la politique économique. Kristalina Georgieva a entamé un 2ᵉ mandat le 1ᵉʳ oct. 2024.  La “plomberie” des paiements (souvent invisible mais décisive) : SWIFT : réseau de messagerie interbancaire utilisé partout ; couper l’accès, c’est durcir des sanctions.  ISO 20022 : nouveau format de données pour les paiements ; migration mondiale qui apporte des infos plus riches (meilleure conformité anti-fraude/sanctions). Les flux transfrontaliers basculent au plus tard en nov. 2025. 

Exemple

Quand un exportateur veut être payé en dollars ou en euros, la qualité des données ISO 20022 accélère le contrôle “AML/sanctions” et limite les blocages — c’est de la géopolitique… très opérationnelle. 

6) Les règles du commerce

Organisation mondiale du commerce : négocie des règles communes et arbitre les litiges. Problème : l’instance d’appel est paralysée depuis 2019 faute de juges, et les membres travaillent à une réforme (décision ministérielle en mars 2024).  Pourquoi c’est crucial ? Sans arbitre crédible, chacun hausse les barrières et la fragmentation s’accélère — au détriment des PME exportatrices et des pays en développement.

7) Trois “mini-histoires”

Nord de l’Europe, 2024-2025 : l’entrée de la Suède change la géographie stratégique de la Baltique ; interconnexions militaires, câbles et énergie deviennent des “actifs à protéger” communs. 

Un pays en crise de devises : le FMI finance un programme d’urgence, la Banque mondiale répare les services essentiels ; le secteur privé revient quand la confiance est restaurée. 

Un grand événement sportif : l’État hôte soigne la sécurité, le récit culturel et l’héritage urbain pour maximiser l’impact soft power — ou limiter les retours de flamme.